Les enjeux de Gaza
Contexte historique
Les racines d'un conflit
Pour comprendre la situation actuelle à Gaza, il faut remonter le temps, bien avant les titres des journaux d'aujourd'hui. À la fin du 19e siècle, la région connue sous le nom de Palestine faisait partie de l'Empire ottoman. C'était une terre où vivaient principalement des Arabes, avec de petites communautés juives et chrétiennes.
Deux mouvements nationaux ont émergé à peu près à la même époque. Le sionisme, un mouvement visant à établir une patrie pour le peuple juif en Palestine, a pris de l'ampleur en Europe. Parallèlement, le nationalisme arabe grandissait, cherchant l'indépendance vis-à-vis du pouvoir ottoman. Ces deux aspirations se sont retrouvées en concurrence pour la même terre.
Après la Première Guerre mondiale, l'Empire ottoman s'est effondré et la Grande-Bretagne a reçu un mandat de la Société des Nations pour gouverner la Palestine. Durant cette période, l'immigration juive a augmenté, souvent avec le soutien des Britanniques, ce qui a accru les tensions avec la population arabe locale. Les deux communautés se méfiaient l'une de l'autre et les violences éclataient périodiquement.
Épuisée après la Seconde Guerre mondiale, la Grande-Bretagne a confié le problème aux Nations Unies. En 1947, l'ONU a proposé un plan de partage de la Palestine en deux États : un État arabe et un État juif, avec Jérusalem sous administration internationale. Les dirigeants juifs ont accepté le plan, mais les dirigeants arabes l'ont rejeté, arguant qu'il était injuste envers la population majoritairement arabe.
Les guerres et leurs conséquences
Lorsque la Grande-Bretagne a mis fin à son mandat en mai 1948, les dirigeants juifs ont déclaré la création de l'État d'Israël. Le lendemain, les armées de cinq pays arabes voisins ont envahi le territoire. Ce fut la première guerre israélo-arabe.
Pour les Israéliens, c'est la Guerre d'Indépendance. Pour les Palestiniens, c'est la Nakba, ou "catastrophe". Pendant le conflit, plus de 700 000 Palestiniens ont fui ou ont été expulsés de leurs foyers. Beaucoup se sont retrouvés dans des camps de réfugiés en Cisjordanie, au Liban, en Syrie et, surtout, dans la bande de Gaza.
À la fin de la guerre de 1948, Israël contrôlait plus de territoire que ce que le plan de partage de l'ONU lui avait alloué. La bande de Gaza, une étroite bande de terre le long de la Méditerranée, est passée sous administration égyptienne. Elle est devenue le foyer surpeuplé de milliers de réfugiés.
La guerre de 1967, ou Guerre des Six Jours, a radicalement changé la carte. En moins d'une semaine, Israël a pris le contrôle de la bande de Gaza et de la péninsule du Sinaï à l'Égypte, de la Cisjordanie (y compris Jérusalem-Est) à la Jordanie, et du plateau du Golan à la Syrie. Gaza était désormais sous occupation militaire israélienne.
La quête de la paix et les soulèvements
Les décennies suivantes ont été marquées par des conflits et des tentatives de paix. En 1978, les accords de Camp David ont abouti au premier traité de paix entre Israël et un pays arabe, l'Égypte. Israël a accepté de restituer la péninsule du Sinaï, mais le sort des territoires palestiniens, y compris Gaza, est resté en suspens.
En 1987, la frustration des Palestiniens vivant sous occupation militaire a explosé. La Première Intifada (soulèvement) a commencé dans un camp de réfugiés à Gaza et s'est rapidement étendue à la Cisjordanie. Ce soulèvement populaire, caractérisé par des manifestations, des grèves et des jets de pierres, a attiré l'attention du monde entier sur la situation des Palestiniens.
Cette pression a contribué à ouvrir la voie aux négociations. Au début des années 1990, des pourparlers secrets en Norvège ont abouti aux Accords d'Oslo. L'idée était de créer une Autorité palestinienne (AP) qui administrerait de manière autonome certaines parties de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, en vue d'une solution à deux États.
Cependant, les Accords d'Oslo n'ont pas réussi à instaurer une paix durable. Des questions clés comme le statut de Jérusalem, les colonies israéliennes, les frontières et le sort des réfugiés palestiniens n'ont pas été résolues. Une Seconde Intifada, beaucoup plus violente, a éclaté en 2000, anéantissant l'optimisme des années 1990.
Gaza au centre des événements
En 2005, Israël a pris une décision unilatérale : le désengagement de Gaza. L'armée israélienne s'est retirée et toutes les colonies juives de la bande de Gaza ont été évacuées. L'espoir était que ce retrait réduirait les frictions et améliorerait la sécurité.
La politique palestinienne a rapidement pris un tournant décisif. En 2006, le Hamas, un groupe militant islamiste opposé aux négociations avec Israël, a remporté les élections législatives palestiniennes. Cette victoire a provoqué un conflit interne avec le Fatah, le parti plus modéré qui dirigeait l'Autorité palestinienne. En 2007, après de brefs mais violents combats, le Hamas a pris le contrôle total de la bande de Gaza, tandis que le Fatah a conservé le pouvoir en Cisjordanie. Depuis lors, le leadership palestinien est divisé.
En réponse à la prise de contrôle du Hamas, qu'ils considèrent comme une organisation terroriste, Israël et l'Égypte ont imposé un blocus strict sur la bande de Gaza, limitant sévèrement la circulation des biens et des personnes. Ce blocus, associé à plusieurs cycles de guerre entre Israël et le Hamas entre 2008 et 2023, a eu un impact profond sur la vie à Gaza, façonnant le contexte des événements jusqu'en 2025.
Cette chronologie complexe, marquée par des guerres, des soulèvements et des espoirs de paix déçus, est essentielle pour comprendre les dynamiques qui animent la bande de Gaza et le conflit israélo-palestinien dans son ensemble.


