Histoire et Évolution de l'Identité Nationale
L'universalisme révolutionnaire originel
De Sujet à Citoyen
Avant 1789, un habitant du royaume de France était un « sujet du roi ». Son identité était définie par sa loyauté à une personne, le monarque. La Révolution française balaye cette conception. Elle transforme le sujet en citoyen, un membre actif et égal d'une entité nouvelle : la nation.
Ce changement est radical. L'identité n'est plus un lien de subordination personnelle hérité à la naissance, mais une participation volontaire à un projet politique commun. Le citoyen n'obéit plus à un homme, mais à la loi, expression de la volonté générale de la nation dont il fait partie.
La Nation : un Contrat, pas un Héritage
La grande nouveauté de 1789 est de définir la nation non par son passé, sa langue ou ses origines, mais par un acte de volonté présent. C'est l'idée du , popularisée par des philosophes comme Jean-Jacques Rousseau. Les citoyens choisissent de s'associer pour vivre ensemble sous des lois communes qu'ils se sont données. La nation devient un « plébiscite de tous les jours », une adhésion renouvelée à des valeurs partagées.
Être français, ce n'est pas avoir des ancêtres en Gaule, c'est vouloir construire un avenir fondé sur les principes de liberté, d'égalité et de fraternité.
Cette vision universaliste a une conséquence majeure : elle est potentiellement ouverte à tous. Un étranger partageant les idéaux révolutionnaires pouvait être considéré comme plus « français » qu'un noble émigré qui combattait la Révolution. L'identité nationale était une affaire de conviction politique, pas de sang.
La Souveraineté du Peuple
Le transfert de la souveraineté est au cœur de cette nouvelle définition. Sous l' monarchique, le pouvoir venait de Dieu et était incarné par le roi. Lui seul détenait l'autorité suprême. La Révolution opère un renversement complet : la souveraineté appartient désormais à la nation, c'est-à-dire à l'ensemble des citoyens.
C'est la fin du pouvoir arbitraire. Le roi n'est plus la loi ; il est soumis à la loi, comme tous les autres citoyens. L'article 3 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 l'exprime clairement : « Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément. »
Un Patriotisme Ouvert
Le patriotisme révolutionnaire initial est un amour de la patrie en tant que terre de liberté et de progrès. Il s'oppose au nationalisme de fermeture qui se développera plus tard. Être patriote, c'est défendre les acquis de la Révolution contre ses ennemis, qu'ils soient intérieurs (les partisans de l'absolutisme) ou extérieurs (les monarchies européennes). C'est un libéralisme militant.
Cette ouverture se manifeste par une politique d'accueil. De nombreux étrangers, comme l'Américain Thomas Paine ou le Prussien Anacharsis Cloots, sont attirés par la Révolution. Certains se voient même accorder la citoyenneté française par l'Assemblée législative en 1792, en reconnaissance de leur engagement pour la « cause des peuples contre le despotisme ».
Cette conception de la citoyenneté se traduit juridiquement. Les premières constitutions révolutionnaires privilégient le (être né sur le territoire français) et la résidence. Pour devenir citoyen, il suffisait souvent de vivre en France depuis un certain temps, de prêter le serment civique et de montrer son attachement aux nouvelles institutions, bien plus que de prouver une ascendance française (le Droit du sang).
L'identité nationale issue de 1789 est donc un projet politique universaliste. Elle repose sur l'idée qu'une nation est avant tout une communauté de citoyens libres et égaux, unis par leur volonté de vivre ensemble sous une même loi, quel que soit leur lieu d'origine.
Quelle est la principale différence entre un « sujet du roi » avant 1789 et un « citoyen » après la Révolution française ?
Selon les principes de 1789, la nation française est définie avant tout comme un « plébiscite de tous les jours », basé sur la volonté de vivre ensemble.
